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Les nouvelles dans le secteur de l'éducation en Afrique

 Encore bien plus lourd dans les pays en développement

Si dans les pays développés on s'inquiète beaucoup de l'ampleur du décrochage scolaire, la situation est bien pire encore dans les pays en développement, et en particulier sur le continent africain. Le phénomène de l'abandon scolaire renforce encore les effets de la non-scolarisation. Il nous interpelle sur le bien-fondé de l’école et incite les pouvoirs publics comme la société civile à réfléchir aux moyens de renforcer l'efficacité des systèmes scolaires dans les sociétés concernées par ce phénomène.

Le phénomène du décrochage scolaire (ou de l'abandon scolaire, comme on l'appelle ici) est fort peu analysé dans de nombreux pays en voie de développement. L'UNESCO compile les données disponibles et nous permet au moins de prendre la mesure du phénomène de non scolarisation. Et même si, sur de longues périodes, on constate une progression incontestable en matière de scolarisation primaire, les chiffres les plus récents font mal : « Sur les 61 millions d’enfants non scolarisés dans le monde, on estime que 47% n’iront jamais à l’école tandis, que 26% ont été scolarisés mais n’ont pas terminé leur cursus et que 27% seront scolarisés », lit-on sur la page de présentation de la plus récente enquête sur les enfants non scolarisés réalisée par l'UNESCO. Plus grave encore : en Afrique sub-saharienne, le nombre d'enfants non-scolarisés est en augmentation depuis quelques années, après une longue période de baisse.

Et le phénomène de décrochage est visible dès l'école primaire. Toujours en Afrique sub-saharienne, 20 % des enfants entrés à l'école primaire la quitteront avant d'avoir achevé ce cycle, comme on peut le voir dans l'excellent eAtlas des enfants exclus de l'école (section "typologie des enfants non scolarisés"), publié par l'Unesco comme résultat à l'enquête précédemment citée.

Ces chiffres alarmants cachent des réalités bien diverses. Les pays de la bande sahélienne sont les plus touchés par le défaut de scolarisation et le phénomène du décrochage scolaire. Le Burkina-Faso par exemple compte plus d'un million d'enfants non scolarisés (41,7 % de sa population d'âge scolaire), et ce chiffre est en hausse. Le pourcentage n'est « que » de 22 % au Sénégal, et de 6 % seulement au Cameroun. L'Unesco souligne à juste titre l'impact des conflits armés sur la scolarisation des enfants, et le cas de la Côte d'Ivoire est ici éloquent : 38,5 % de ses enfants ne sont pas scolarisés, avec une hausse de ce pourcentage depuis 2002.

Mais revenons aux enfants qui, après avoir intégré le système scolaire, le quittent sans qualification ni diplôme. Pourquoi abandonnent-ils avant la fin, c'est à dire avant de pouvoir tirer les bénéfices de leur effort ?

 

Pourquoi abandonnent-ils l'école ?

 

Economiques, socioculturelles, institutionnelles et même parfois politiques, les raisons qui poussent les élèves à quitter définitivement les bancs d’école sont diverses. Si dans les pays du Nord, on évoque le plus souvent des difficultés d’apprentissage, le manque de motivation, les problèmes sociaux, la mauvaise orientation ou l’absence de soutien scolaire, dans les pays du Sud, il faut composer avec des réalités sociales encore plus complexes et pas toujours favorables à la scolarisation.

On recensera d'abord les causes externes aux systèmes éducatifs eux-mêmes. Ici, chaque milieu, urbain ou rural, a ses propres réalités. Les conflits armés ont évidemment un impact majeur; tout comme le faible pouvoir économique de certains ménages qui pousse les parents incapables d’assumer les frais scolarité et autres coûts liés à la scolarisation de leur progéniture à privilégier la scolarisation de certains enfants, généralement des garçons, au détriment des filles; de forts taux de chômage et de l’absence d’une vision claire sur les possibles débouchés économiques à l’issue de leur cursus scolaire découragent certains élèves; des pratiques socioculturelles telles que les mariages forcés qui chassent les jeunes filles des salles de classe; le travail des enfants qui les éloigne progressivement de l’école; on peut aussi pointer les mauvaises représentations sociales que certains communautés se font de l’école.

Passons ensuite aux déficits des systèmes éducatifs eux-mêmes. On constate dans de nombreux cas une inadéquation entre l’environnement scolaire et les besoins réels de l’enfant; la quasi absence d’actions et projets stratégiques de prise en charge des élèves en difficultés d’apprentissage, associée au déficit d’un suivi de l’élève à domicile; l’absence d’un personnel enseignant bien formé et qualifié; l'utilisation exclusive dès les petites classes d'une langue d'enseignement qui n'est pas celle qui est parlée par les enfants chez eux...

Autant de raisons qui poussent les élèves vers une sortie progressive et définitive du système scolaire avant l’obtention d’un diplôme, parfois même avant d’acquérir les notions élémentaires de lecture ou de calcul.

 

Gouvernements et société civile se mobilisent

 

Pour prendre la mesure des causes du décrochage scolaire dans six pays d'Afrique de l'Ouest (Bénin, Burkina, Mali, Niger, Sénégal), on se rapportera à l'excellent guide intitulé « Les déperditions scolaires, un frein à l'éducation en Afrique de l'ouest » (pdf)  publié par le Programme de Développement des Réseaux pour l'Education en Afrique de l'Ouest (PRODERE-AO), qui fournit également des chiffres détaillés sur le décrochage dans les six pays considérés. Y est notamment mentionné le fléau du redoublement qui, même dans les pays où il est théoriquement banni ou fortement limité par voie officielle, continue d'être largement utilisé par les enseignants. Pensez que certains élèves redoublent jusqu'à quatre fois une même classe ! Comment alors pourraient-ils avoir envie de continuer ? Et où trouveront-ils les ressources matérielles pour le faire, alors que maints « petits boulots » leur sont accessibles à l'extérieur pour améliorer les revenus de la famille ?

Le guide ne s'arrête pas sur un constat d'échec. Il présente aussi les initiatives prises dans les différents pays pour faire descendre le taux de décrochage scolaire. Et au-delà des programmes annoncés par chaque gouvernement, la société civile semble assez déterminée à éradiquer ce phénomène. Au Burkina-Faso par exemple, les pouvoirs publics mettent l'accent sur le maintien des filles dans le système scolaire et on voit fleurir des groupes locaux de Mères éducatrices, qui réunissent les mères ayant leurs filles dans les mêmes écoles, afin de participer pleinement à la vie des établissements. Au Mali, les pouvoirs publics épaulés par les parents qui assurent la bonne marche du système ont amélioré le système de gestion des cantines scolaires. Au Bénin, un dispositif de parrainage a été élaboré pour soutenir les enfants dont les familles ne peuvent, pour des raisons diverses, supporter la scolarisation des enfants.

Ces initiatives tendent à modifier l'environnement de l'enfant, de manière à ce que l'école y soit mieux intégrée. Mais peu d'initiatives spécifiquement identifiées comme des moyens de contrer le décrochage portent sur l'amélioration du système scolaire lui-même. Certes, il existe bien des plaidoyer contre le redoublement, et des initiatives pour favoriser un enseignement bilingue (langue locale / langue d'enseignement). Néanmoins, le guide se termine sur une injonction aux autorités de l'éducation des différents pays pour qu'ils veillent « à l’achèvement des réformes de curricula et à l'application complète des réformes. A cela doivent impérativement s’ajouter une évaluation objective des systèmes et la réalisation des corrections nécessaires ». Preuve que la route est encore longue pour passer des paroles aux actes.

 

Et finalement, "Ca donne quoi, l'école ?"

 

Et l'on rejoint là certaines des préoccupations des pays développés, en matière de lutte contre le décrochage scolaire. Sur le site de lapresse.ca, on peut encore lire un article de 2009  qui porte sur les raisons invoquées par les jeunes pour expliquer leur décrochage : « «Ça donne quoi, l'école?» C'est la question la plus fréquemment posée par les décrocheurs et l'ennui décrit le mieux la vaste majorité des problèmes liés à l'école. Les élèves ne voient souvent pas assez le lien entre ce qu'ils apprennent à l'école, la vie de tous les jours et la contribution de l'école à améliorer leur qualité de vie ».

Une réflexion sur ce qui peut faire grandir la motivation des jeunes à demeurer à l'école s'impose désormais dans tous les pays confrontés au décrochage scolaire, au Nord comme au Sud.  

L’insuffisance des ressources scolaires et pédagogiques handicape l’éducation en Afrique subsaharienne

© UNESCO/M. Hofer - Classes surchargées en République démocratique du Congo.

Classes surchargées, enseignants insuffisamment formés ou trop peu nombreux, manuels scolaires en nombre insuffisant, toilettes inexistantes ou sans séparation entre filles et garçons : tel est le lot d’un grand nombre d’élèves du primaire dans l’Afrique subsaharienne. C’est le constat que dresse l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU)  dans une étude sur les ressources scolaires et pédagogiques en Afrique subsaharienne*. Or tous ces facteurs nuisent à la réussite scolaire des élèves.

    

Premier constat de l’enquête réalisée par l’ISU : un élève d’Afrique subsaharienne a tous les risques de se trouver dans une classe surchargée.  La taille des classes dans les écoles primaires publiques peut atteindre jusqu’à 67 élèves au Tchad, contre une moyenne inférieure à 30 dans l’ensemble des pays de l’OCDE. En plus d’être grandes, de nombreuses classes du primaire sont des classes multigrades, c’est-à-dire qui rassemblent plusieurs niveaux. Dans la plupart des cas, ces classes regroupent deux niveaux mais le Cap-Vert, le Congo, la Guinée, Madagascar, le Mali, le Niger et le Tchad font état de classes comprenant trois années d’études ou plus. 

Ce sont les premières années qui sont généralement les plus chargées, ce qui est préoccupant lorsqu’on sait que ces années sont cruciales pour l’avenir des élèves.  Ainsi à Madagascar, au Rwanda, au Tchad et au Togo, on trouve en moyenne au moins 20 élèves de plus en première année de primaire qu’en dernière année. Au Tchad, les classes de première année d’études rassemblent en moyenne 85 élèves. « La situation du Tchad est particulièrement préoccupante, note cette étude de l’ISU, car les études ont montré qu’en Afrique, les classes comptant plus de 70 élèves ont un effet négatif sur l’apprentissage des enfants ». 

Parallèlement, l’Afrique subsaharienne continue d’être confrontée à une forte demande d’enseignants, liée à l’augmentation régulière du nombre d’élèves et au nombre des enseignants qui chaque année  quittent la profession. Au Burkina Faso, au Niger et au Tchad, le personnel enseignant doit plus que doubler d’ici 2015 pour parvenir à l’Enseignement primaire universel. Pour remplacer les enseignants qui quittent chaque année le système public, plus de deux millions d’enseignants supplémentaires devront être recrutés dans la région afin de faire face à la demande croissante d’éducation. Parmi les 38 pays (sur les 45 que compte la région) qui auront besoin de recruter, cela représente une augmentation égale à 75% du personnel enseignant actuel. 

L’étude de l’ISU présente des données sur le nombre d’enseignants ayant suivi une formation initiale. Ces diplômés sont généralement considérés comme pleinement qualifiés. La comparaison entre le nombre d’enseignants ayant reçu une formation initiale accréditée avec l’effectif total du personnel enseignant dans les écoles publiques du primaire permet d’estimer l’efficacité des systèmes d’éducation. Cette efficacité varie considérablement d’un pays à l’autre puisqu’au Togo, les nouveaux diplômés représentent à peine 3% des enseignants alors qu’à Madagascar, le pourcentage atteint 22%. Il atteint plus de 15% en Angola, au Cameroun, au Congo et au Malawi. 

Autre constat : le nombre de manuels de lecture et de mathématiques est insuffisant, ce qui contraint les élèves à partager leurs ouvrages. La situation est particulièrement préoccupante en République centrafricaine où il existe en moyenne un manuel de lecture et de mathématiques pour 8 élèves. Au Cameroun on compte en moyenne un manuel de lecture pour 11 élèves et un livre de mathématiques pour 13 enfants. 

Par ailleurs, de nombreuses écoles d’Afrique subsaharienne ont peu ou pas accès aux services de base tels que l’eau potable, les toilettes ou l’électricité. L’absence de toilettes propres, sûres et séparées pour les garçons et les filles tend à décourager les enfants, notamment les filles, d’aller à l’école régulièrement. Cette situation est pourtant la règle dans de nombreuses écoles publiques primaires de la région. Le manque est particulièrement criant dans cinq pays : la Côte d’Ivoire, la Guinée équatoriale, Madagascar, le Niger et le Tchad où au moins 60% des écoles sont dépourvues de toilettes. En revanche, les écoles de Maurice et du Rwanda sont bien équipées et les sanitaires ne sont pas mixtes. 

Il est à noter que dans la plupart des pays, les écoles sont plus fréquemment équipées de toilettes que de dispositifs d’accès à l’eau potable. Il existe cependant des exceptions à l’image de Maurice et du Rwanda où toutes les écoles ont accès à la fois aux toilettes et à l’eau potable. En Côte d’Ivoire, au Ghana, à Madagascar et au Tchad en revanche, les écoles ont plus fréquemment accès à l’eau qu’à des toilettes. La majorité des écoles primaires ne sont pas reliées au réseau électrique. Au Burkina Faso, au Burundi, au Cameroun, en Gambie, en Guinée, au Malawi, au Niger, en République démocratique du Congo et au Togo, 80% des écoles n’ont pas l’électricité. 

***

*Cette étude rassemble des données collectées dans 45 pays d’Afrique subsaharienne dans le cadre d’une initiative destinée à mieux répondre aux besoins de la région en matière d’indicateurs et d’analyses sur l’éducation. Elle a été lancée en partenariat avec l’institut panafricain d’éducation pour le développement (IPED) et l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA). Il s’agit de la première étude de ce type. Elle sera mise à jour chaque année.

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